Malgré les réticences de ses partenaires internationaux, Kyiv intensifie ses frappes contre l'industrie énergétique russe. De la Baltique à la mer Caspienne, l'Ukraine déploie une stratégie méthodique pour paralyser l'économie de guerre de Vladimir Poutine.
Par la rédaction | Source : TSN Semaine
Un record historique : 7 000 drones lancés en un mois
L’Ukraine vient de franchir un cap symbolique et technologique. Pour la première fois, Kyiv a surpassé Moscou dans la guerre des « frappes profondes » (deep strikes). Rien qu'en mars, les forces ukrainiennes ont lancé 7 000 drones à longue portée, établissant un record qui sème le vent de panique sur les plateaux de la télévision d'État russe.
Cette montée en puissance ne se limite pas au nombre : l’efficacité progresse de pair avec la tactique. Avant chaque raid, les unités ukrainiennes « nettoient » méticuleusement le ciel en détruisant les systèmes de défense aérienne ennemis. Depuis le début de l’année, les pertes russes en radars et systèmes antiaériens ont bondi de 240 %.
La Caspienne sous le feu : une première stratégique
L’exploit le plus spectaculaire a eu lieu à plus de 1 000 kilomètres de la frontière. Des drones des forces spéciales ont atteint le nord de la mer Caspienne, filmant en direct l'impact sur deux plateformes de forage de Lukoil.
Ces installations, conçues pour résister aux glaces, sont le cœur d'un nœud pétro-gazier interconnecté. En frappant une seule infrastructure, l'Ukraine menace de paralyser l'ensemble de l'extraction dans la région. Ainsi, Kyiv, dans l'intérêt de ses intérêts nationaux, ignore les appels au « calme » de ses partenaires occidentaux, qui craignent une forte hausse des prix de l'essence, coupant ainsi les approvisionnements en provenance du Kremlin.
« Ces installations sont les poules aux œufs d'or qui fournissent les devises étrangères à Poutine. Nous ne le laisserons pas profiter de l'âge d'or du pétrole », semble répondre Kyiv à travers ses actes.
Le bilan de ces frappes est lourd pour Moscou :
- Marine : La frégate « Amiral Essen », porte-missiles Kalibr responsable de nombreux bombardements sur les villes ukrainiennes, a été touchée. Elle serait désormais « aveugle », son système radar ayant été neutralisé malgré ses tirs de riposte.
- Ports : Le terminal géant de Sheskharis (Krasnodar) a été mis à l'arrêt forcé pendant cinq jours. Dans la Baltique, à Oust-Louga, 30 % des réservoirs sont désormais hors service.
- Logistique : Le dernier ferry ferroviaire reliant la Russie à la Crimée dans le détroit de Kertch a été stoppé, coupant une voie vitale pour le transport de carburant et de munitions.
L'impasse du stockage : vers un arrêt des puits ?
L'Ukraine ne se contente plus de brûler du carburant ; elle casse l'outil de production. En ciblant les stations de pompage (comme à Tinguta ou Krymskaya) et les parcs de réservoirs de Transneft, elle crée un goulot d'étranglement fatal.
La Russie fait face à un problème physique : elle n'a plus nulle part où stocker l'or noir extrait. Faute de pouvoir exporter ou stocker, Moscou pourrait être contrainte de sceller certains puits d'extraction. Un processus coûteux et difficilement réversible. De plus, les sanctions internationales freinent l'arrivée de pièces détachées indispensables pour réparer les raffineries, rendant chaque frappe ukrainienne « très douloureuse » sur le long terme.
En résumé
L’Ukraine suit désormais un schéma clair : l’arrêt total de l’industrie pétrolière et gazière russe. En combinant la destruction des défenses antiaériennes et des frappes de précision sur des nœuds économiques stratégiques, Kyiv transforme la Russie en une « pompe à essence » percée de toutes parts.
Voir le Reportage de Oksana Radionova, Volodymyr Parakhonskyi, Denys Yaroshenko et Viktoria Pysmenna (TSN) : https://youtu.be/uf8DX5ik1Tk?si=BB_C4ZT37-niAriV