Les coulisses ukrainiennes du sommet de l'OTAN.

Pour la première fois, l'Ukraine est officiellement reconnue au niveau de l'OTAN comme un pays qui contribue à la sécurité transatlantique.

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Photo :UKRINFORM

Contexte générale. Déclaration

Pour la première fois, l'Ukraine est officiellement reconnue au niveau de l'OTAN comme un pays qui contribue à la sécurité transatlantique ; les Alliés se sont engagés à fournir à Kyiv une aide militaire d'un montant de 70 milliards d'euros et ont réaffirmé leur engagement à maintenir un soutien au moins équivalent en 2027.

« L'Ukraine contribue à la sécurité transatlantique, et les Alliés sont unis dans leur soutien indéfectible à l'Ukraine pour la défense de sa liberté, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale », précise le document.

Il est souligné que les Alliés européens et le Canada financent la grande majorité de l'aide à la sécurité de l'Ukraine par le biais d'instruments bilatéraux et multilatéraux. Parallèlement, il est stipulé que ce soutien doit être équitable, prévisible et durable à long terme.

« En 2026, les Alliés s'engagent à allouer 70 milliards d'euros à l'Ukraine pour les équipements militaires, l'assistance et la formation, et réaffirment leur engagement souverain à maintenir un niveau au moins équivalent en 2027. À cette fin, nous saluons la décision de l'Union européenne d'accorder à l'Ukraine un financement pluriannuel via le Prêt de soutien à l'Ukraine», indique le document.

Les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance ont également réaffirmé leur «attachement indéfectible » à la défense collective conformément à l'article 5 du Traité de Washington ainsi qu'aux liens transatlantiques, soulignant que l'unité, la solidarité et la force collective demeurent le fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité de l'Alliance.

« Nous restons attachés à notre approche globale de la dissuasion et de la défense », stipule la déclaration.

Celle-ci précise que pour contrer « la menace à long terme que la Russie fait peser sur la sécurité et la stabilité euro-atlantiques », ainsi que la menace constante du terrorisme, les Alliés honorent leurs engagements en matière de défense pris lors du sommet de La Haye.

Il est rappelé à cet égard qu'en 2025, les Alliés européens et le Canada ont augmenté leurs investissements dans les besoins de défense fondamentaux de plus de 139 milliards de dollars.

« Nos investissements garantissent les capacités dont nous avons besoin, tout en renforçant notre base industrielle et notre résilience. Aujourd'hui, à Ankara, nous annonçons de nouveaux achats pour un montant supérieur à 50 milliards de dollars et nous nous engageons à développer les capacités de production collectives et à coopérer avec l'industrie afin d'accélérer l'innovation. Nous poursuivrons nos efforts pour éliminer les barrières au commerce des produits de défense entre Alliés et mettrons à profit les partenariats de l'OTAN pour maximiser la profondeur et la coopération au sein de l'industrie de la défense », déclare le document.

Il est également souligné que les Alliés européens et le Canada, en coopération avec les États-Unis, assument une plus grande responsabilité dans la défense de l'Alliance.

« La dissuasion et la défense de l'OTAN reposent sur une combinaison appropriée de capacités de défense nucléaires, conventionnelles et antimissiles, complétées par des moyens spatiaux et cybernétiques. Nous sommes déterminés à maintenir notre supériorité opérationnelle. Nous investissons dans notre capacité à déployer, approvisionner et soutenir nos forces armées, ainsi qu'à atteindre nos objectifs dans tous les domaines, y compris les frappes de précision dans la profondeur, la défense aérienne et antimissile intégrée, les systèmes sans pilote, les technologies de pointe et les capacités de renseignement. Nous développons un cloud de combat transatlantique interopérable et mettons en œuvre des modèles d'intelligence artificielle puissants », est-il précisé dans la déclaration.

Il est noté que l'OTAN continue de réagir et de s'adapter à la compétition stratégique, à l'instabilité généralisée, aux menaces hybrides et aux bouleversements qui définissent l'environnement de sécurité.

Concernant l'Iran, les Alliés ont souligné que la République islamique d'Iran « ne doit jamais posséder d'armes nucléaires » et ont appelé Téhéran à respecter pleinement la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.

Entre la diplomatie du « bullying » de Trump et le pragmatisme chirurgical de Kyiv

Ankara, 8 juillet 2026. Le deuxième jour du sommet de l’OTAN s’achève dans une atmosphère de soulagement électrique. Alors que la première journée du 7 juillet laissait présager un naufrage face aux éclats de Donald Trump, la diplomatie des coulisses et le sang-froid de la délégation ukrainienne ont permis de redresser la barre. Récit d’une journée de haute tension où l’Alliance a tremblé, avant de trouver un second souffle.

Le cyclone Trump et la lassitude des alliés

Dès la matinée du 8 juillet, l’ambiance dans les couloirs d’Ankara n’était pas seulement morose ; elle était devenue pesante. Donald Trump a multiplié les coups d'éclat, poussant la tension à son paroxysme entre midi et 14 heures.

Fidèle à sa rhétorique, le président américain s'est lancé dans ses diatribes habituelles, qualifiant la guerre en Ukraine de « conflit lointain » et affirmant de manière confuse que les deux parties « voulaient un accord ». Plus déstabilisant encore pour les délégations : la confirmation qu'il avait ordonné, la nuit précédente, des frappes américaines en Iran, faisant grimper instantanément les cours du pétrole brut et plongeant l'assemblée dans la sidération.

Cette imprévisibilité a provoqué une situation inédite : là où les journalistes se ruaient habituellement sur Trump, on l'évitait désormais dans les couloirs comme une « force de discorde ». Sa diplomatie, ouvertement qualifiée de diplomatic bullying (harcèlement diplomatique) par le gouvernement espagnol après une violente charge contre Pedro Sánchez — qu'il a menacé de rupture commerciale totale —, a failli faire exploser le sommet. De même, face à la Première ministre danoise Mette Frederiksen, Trump a exhumé sa vieille obsession d’acheter le Groenland, provoquant l'incrédulité et les rires nerveux des diplomates.

Mark Rutte en « chuchoteur » et le compromis des 5 %

Face à ce chaos, le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a joué les équilibristes. Connaissant la psychologie du président américain, Rutte avait structuré le programme pour multiplier les moments informels dès le premier soir, permettant de rétablir les canaux de communication essentiels.

L'argument massue qui a permis de calmer Trump ? L'argent et l'industrie. Le président américain s'est montré sensible aux 140 milliards de dollars évoqués pour la défense, y voyant une opportunité majeure de commandes pour l'industrie de l'armement américaine. Les Européens ont pu souffler lorsque Trump a accepté que l'aide financière et militaire directe à l'Ukraine soit comptabilisée dans le calcul de l'objectif des 5 % du PIB dédiés à la défense. Un soulagement pour des délégations comme la Pologne ou la République tchèque (via Andrej Babiš), formalisant ainsi des accords déjà latents.

Parallèlement, Mark Rutte a insisté sur la nécessité absolue de restructurer l’industrie de défense européenne. Si l'Europe produit désormais 4 millions de munitions par an — contre à peine un million il y a trois ans —, le rythme reste encore insuffisant face à l'ampleur des défis.

La stratégie ukrainienne : L'approche « Lobanovski »

Au milieu de cette tempête, la délégation ukrainienne a brillé par son calme et son efficacité chirurgicale. Loin de toute illusions sur une adhésion immédiate à l’OTAN, Kyiv a appliqué une méthode pragmatique, comparable à la philosophie footballistique de Valeri Lobanovski : fixer des objectifs réalistes et maximiser les résultats avec un minimum de forces.

Le président Volodymyr Zelensky et ses ministres ont mené plus de 40 réunions bilatérales en 24 heures. Face aux chefs d'État et aux congressistes américains, le message était clair : tant que les missiles Patriot restent dans les entrepôts occidentaux, le Kremlin est encouragé à frapper les infrastructures civiles. L'objectif de Kyiv n'était pas d'obtenir des promesses abstraites, mais des capacités concrètes : des systèmes de défense antiaérienne et des licences de coproduction.

La phrase du sommet : Interrogé sur les propos de Trump affirmant qu'ils avaient « parcouru un long chemin depuis le Bureau ovale », Zelensky a répliqué avec lucidité : « Oui, et ce n'est que le début. »

Industrie et stratégie : Accords sur les drones et l'énigme des Patriot

Le point d'orgue de la journée a été la rencontre bilatérale entre Zelensky et Trump. Si le président américain s'est fendu d'une de ses formules cryptiques — « un petit oiseau m'a dit que nous leur donnerions le droit d'assembler des Patriot » —, les analystes incitent à la prudence. Trump utilise souvent ce genre d'annonces comme une réponse polie plutôt que comme une décision actée, à l'instar de ses déclarations répétées au dirigeant syrien Al-Charaa sur la levée des sanctions, jamais suivie d'effets.

En revanche, un accord solide et stratégique a bien été validé : le partenariat industriel pour la production conjointe de drones de longue portée intégrant l'intelligence artificielle. Trump a lui-même reconnu la supériorité technologique du savoir-faire ukrainien en la matière : « Nous faisons d'excellents drones, mais les Ukrainiens en font plus, et de meilleure qualité. »

Cet accord s'inscrit dans le changement de paradigme défendu par Kyiv lors des sessions à huis clos. L'Ukraine a démontré que la capacité de frapper profondément les infrastructures logistiques russes à l'arrière ne constituait pas seulement une escalade, mais un levier de pression indispensable. Pour installer le Kremlin à la table des négociations, il faut « acculer le rat dans son trou » par une pression combinée : économique, diplomatique et technologique.

L'OTAN 3.0 : Un horizon incertain

Malgré la finalisation d'une déclaration commune concise d'une page et demie — réaffirmant que la Russie constitue la menace à long terme pour la sécurité euro-atlantique —, le sommet laisse un goût d'inachevé.

La fragilité de l'Alliance est telle que, dès le milieu de la journée, les diplomates européens évoquaient en coulisses l'idée de ne pas tenir de sommet en 2027 à Tirana (Albanie), ou du moins d'envisager des formats restreints sans la participation des États-Unis. La méfiance reste de mise, d'autant que des figures clés de l'entourage de Trump, comme Jared Kushner, étaient absentes à Ankara, laissant le dossier européen aux mains de Marco Rubio.

Le sommet d’Ankara aura évité le pire grâce à la signature de contrats de défense majeurs entre entreprises américaines et européennes, confirmant que le business de la guerre reste un puissant stabilisateur politique. Mais au-delà des déclarations de façade, ce 8 juillet aura surtout prouvé que l'avenir de la sécurité européenne dépend désormais autant de l'audace technologique de Kyiv que des humeurs de Washington.

 

 

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