Alors que les invités repartent, Emmanuel Macron et Donald Trump se dirigent vers le Château de Versailles pour un dîner. Ce choix n'est pas un hasard. Trump aime le faste, mais il y a un lien historique indéfectible entre Washington et Paris. Si la Déclaration d’indépendance américaine date du 4 juillet 1776, ce n'est que le 3 septembre 1783, à Paris et à Versailles, qu'ont été signés les traités par lesquels la Couronne britannique a officiellement reconnu l’indépendance des États-Unis. C'est Benjamin Franklin, John Adams et John J. qui ont signé cet accord. Paris est d'ailleurs le dépositaire de ces documents originaux. President Macron a certainement le rappelé à Trump, même si ce dernier n'est pas un grand passionné d'histoire.
Le texte officiel du G7 concernant l'Ukraine
Pendant trois jours, le mot "Ukraine" a été sur toutes les lèvres. Voici la traduction textuelle des quatre paragraphes de la déclaration finale sur les questions géopolitiques :
« Nous, dirigeants du G7, sommes unis dans notre soutien inébranlable à l'Ukraine pour la défense de sa liberté, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Nous réaffirmons notre solidarité avec la population ukrainienne qui souffre des attaques contre ses infrastructures critiques et son patrimoine culturel. Nous saluons la résilience et les progrès de l'Ukraine sur le champ de bataille ces derniers mois et soulignons qu'un nouvel élan est en train de naître.
Pour soutenir et accélérer ce nouvel élan, nous acceptons d'augmenter les livraisons de capacités de défense antiaérienne, de systèmes supplémentaires et d'intercepteurs, ainsi que de moyens à longue portée. Nous sommes également prêts à envisager l'extension de licences à l'Ukraine pour permettre l'augmentation de la production de matériel militaire pour l'Ukraine.
Nous soulignons l'importance de la résilience énergétique (...). Nous acceptons d'apporter un soutien supplémentaire pour que le pays puisse surmonter l'hiver prochain. Nous nous engageons à renforcer la pression sur l'économie de guerre russe. Dans ce contexte, nous renforcerons nos sanctions, notamment en ce qui concerne le secteur des hydrocarbures. Nous pensons que c'est le bon moment pour prendre des mesures supplémentaires... » .
Friedrich Merz, le chancelier allemand a ajouté une phrase courte : « La Russie doit arrêter cette guerre ». Le président Zelensky et le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha ont chaleureusement remercié les partenaires pour cette aide et ce ton très positif.
Le prétendu "deal" sur le Moyen-Orient et l'illusion d'Ormuz
Le sommet a été marqué par une forte présence du Moyen-Orient, Trump essayant d'en faire le sujet numéro un. Macron a souligné que les discussions sur le Liban et Gaza visaient à relâcher la pression sur les marchés énergétiques, mais il a bien précisé qu'il s'agissait "de discussions" . Les Européens savaient pertinemment que le document n'était pas encore validé.
Il n'y a donc pas eu de troc : "L'Europe aide Trump à Ormuz et Trump aide l'Europe en Ukraine". C'est une invention médiatique. La réalité, c'est que les Européens ont posé une condition à Trump : s'il respecte les procédures de l'OTAN et planifie les opérations conjointement, alors la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie accepteront d'envoyer leurs navires militaires pour déminer et patrouiller dans le détroit d'Ormuz.
Comment les Européens ont manœuvré Trump
L'essentiel des trois jours s'est joué sur l'effort de Macron, Friedrich Merz, Keir Starmer et du Premier ministre canadien (Carney) pour faire comprendre à Trump la réalité du front en Ukraine. Trump a fini par céder à la pression de ses partenaires et a adouci son ton sceptique vis-à-vis du G7, des Européens et des forces armées ukrainiennes. C'est pourquoi il a signé la déclaration géopolitique. Certes, il changera peut-être d'avis dans deux semaines sous d'autres influences, mais au G7, il a validé ces points.
Ce n'est qu'à la toute fin du 17 juin que le pool de journalistes a compris qu'aucun accord physique n'existait entre l'Iran et les USA, juste un brouillon. Trump a d'ailleurs déclaré : « S'ils se comportent mal, nous leur jetterons des bombes directement sur la tête ».
Les diplomates européens ont magistralement joué le coup : ils lui ont fait croire qu'il était le patron, l'ont installé dans un climat chaleureux, et pendant ce temps, ils lui ont arraché son soutien sur les points capitaux pour l'Ukraine. Pour l'Ukraine, l'important est d'obtenir des missiles, des munitions, des licences pour produire des missiles PAC-2/PAC-3 pour les systèmes Patriot, et idéalement des Tomahawks (le texte mentionnant des "missiles à longue portée"). Le seul vrai progrès de Trump, c'est qu'il ne dit plus que c'est l'Ukraine qui doit signer un accord de paix, mais que c'est la Russie qui doit le faire, ce qui sous-entend aux conditions de l'Ukraine.
Les autres déclarations du G7 et l'ambiance des coulisses
Le G7 a adopté cinq autres déclarations de moindre envergure:
- Une déclaration sur les partenariats internationaux mutuellement bénéfiques (chaînes d'approvisionnement, infrastructures).
- Une déclaration sur la lutte contre les cartels de drogue et le blanchiment d'argent.
- Une déclaration sur la lutte contre la contrebande de migrants (un sujet cher à Trump et Giorgia Meloni).
- Un appel conjoint pour la recherche et la prévention contre le cancer.
- Une déclaration sur la réponse coordonnée à l'épidémie d'Ebola en RD Congo et en Ouganda.
Un sujet a toutefois divisé le G7 et a été peu couvert : l'Intelligence Artificielle et les réseaux sociaux. La moitié des pays (comme le Royaume-Uni ou le Canada) prône des restrictions très dures (interdiction des réseaux sociaux jusqu'à 16 ans, restrictions sur les smartphones), tandis que les autres pays sont plus libéraux. Il n'y a pas eu de déclaration commune à ce sujet, les tensions tarifaires numériques entre les USA et la France subsistent. Mais après le dîner à Versailles, ils trouveront un terrain d'entente pour que les géants de la Tech ne lèsent pas le budget américain et que Trump ne taxe pas le vin, le champagne et le cognac européen.
Côté ambiance, Trump s'est illustré par ses habituelles boutades. Le 17 juin, il est arrivé en retard alors que tout le monde était déjà assis. Plus tard, alors qu'il se vantait d'avoir réglé huit guerres et d'avoir déjà réglé le problème du Moyen-Orient avant de s'occuper de l'Ukraine, quelqu'un dans la salle lui a lancé d'une voix fine : « Si vous signez quelque chose vendredi, alors on s'en occupera peut-être ». Face aux critiques sur la levée des sanctions qui renflouaient les caisses de guerre russes, Trump n'a pas bronché et a concédé : « On va rétablir ces sanctions et peut-être même les augmenter ».
Friedrich Merz a quant à lui tenu une ligne très ferme sur la nécessité d'un nouveau paquet de sanctions ciblant le secteur gazier russe. Bien qu'il qualifie ces trois jours de "jours de l'espoir pour la sécurité européenne", les images montrent une vraie tension entre lui et Trump.
Lien vers la vidéo initiale complète de Roman Bezsmertny: YouTube
Source :https://www.youtube.com/live/PQmc1VlOlfc?si=V21zhumPJXbspfTU