L'Europe commence à agir avec fermeté et indépendance, réagissant à la fois aux processus de crise interne aux États-Unis et aux manœuvres secrètes de coulisses.
Pourquoi le « trio » et non le « quintet » ?
Traditionnellement, dans ce type de format, les dirigeants de l'Europe occidentale étaient accompagnés du Premier ministre polonais Donald Tusk et de la présidente du Conseil des ministres d'Italie Giorgia Meloni. Pourtant, cette fois-ci, la table diplomatique s'est resserrée autour des dirigeants de la Grande-Bretagne (Keir Starmer), de l'Allemagne (Friedrich Merz) et de la France (Emmanuel Macron). Il y a à cela des raisons majeures :
- La question polonaise : La visite de Tusk est devenue impossible en raison d'un scandale politico-humanitaire retentissant autour de l'attribution du nom des héros de l'UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) à l'une des unités des Forces d'opérations spéciales d'Ukraine. Nous reviendrons plus en détail sur cette étape sérieuse de la guerre de l'information et sur la puissance de la propagande russe dans notre édition spéciale. Suivez nos publications. Un fait est passé inaperçu pour la presse : cette fois-ci, Zelensky n'a pas décollé de Rzeszów en Pologne, comme d'habitude, mais de Chisinau. Il a fallu « arrondir les angles » au plus haut niveau — lors de la quatrième audience officielle du président de l'Ukraine auprès du roi Charles III qui, avec le pape, reste l'autorité morale suprême de l'Europe pour résoudre ce genre de différends statutaires et idéologiques.
- La question italienne : L'absence de Meloni est due à des divergences de fond. L'Italie s'oppose systématiquement au déploiement de tout contingent étranger sur le territoire de l'Ukraine, proposant en contrepartie exclusivement le mécanisme de l'article 5 de l'OTAN. Dans le même temps, le « trio » envisage l'option du déploiement de forces multinationales comme un véritable outil de sécurité.
Six conditions de paix « en béton armé »
Le principal résultat de la rencontre à Downing Street a été la formulation d'une position européenne consolidée sur la fin de la guerre. Bien que les médias évoquent plus souvent « cinq points », il y en a en réalité six — en tenant compte des accords sur la défense aérienne annoncés sur Sky News :
- Cessez-le-feu immédiat. Un retour à la position de négociation initiale, ce qui brise les plans de coulisses de Donald Trump.
- La ligne de front — uniquement comme point de départ temporaire. Aucune reconnaissance juridique ni aucun statut pour les territoires temporairement occupés. La souveraineté sur toutes les frontières de l'Ukraine internationalement reconnues est inviolable.
- Garanties juridiques de sécurité. Il s'agit de la volonté de déployer sur le territoire de l'Ukraine des forces multinationales dirigées par une coalition anglo-française.
- Immobilisation des actifs russes. Les finances russes en Europe resteront gelées jusqu'à la cessation totale de l'agression et le paiement des réparations.
- Priorité aux intérêts européens. Aucun accord séparé entre les États-Unis et la Russie dans le dos de l'Europe.
- Comblement du déficit en matière de défense antimissile et antiaérienne. Déploiement conjoint de la production de missiles intercepteurs (notamment pour les systèmes Patriot) et de systèmes de frappe à longue portée en profondeur.
Des dirigeants affaiblis face à un Poutine acculé
Le paradoxe du moment présent réside dans le fait que presque tous les participants au sommet font face à de sérieux problèmes de politique intérieure :
- Keir Starmer est affaibli par la situation interne en Grande-Bretagne ;
- Emmanuel Macron se trouve dans une position de « canard boiteux » à l'approche des prochaines élections ;
- Friedrich Merz bat des records allemands de faible soutien pour un chancelier, bien que ses actions directes pour protéger la sécurité de l'Europe forcent le respect.
Pourtant, l'Ukraine a de son côté l'avantage technologique des Forces armées sur le champ de bataille, les récentes libérations réussies de territoires et l'utilisation novatrice des drones. Cela a radicalement renforcé l'autorité des forces ukrainiennes et donné des cartes maîtresses à Zelensky, faisant de lui l'une des figures les plus fortes de ce système de coordonnées — d'autant plus que Poutine est plongé dans un isolement profond et que Trump est acculé par la crise autour de l'Iran et son interdépendance avec Pékin.
Et maintenant ?
L'Europe n'a plus l'intention de rester un observateur passif. Tandis que Washington se focalise sur le Moyen-Orient, les dirigeants de la coalition des résolus assument les fonctions de défense et de sécurité sur le continent. Le prochain objectif est l'harmonisation d'une position unique avant les grands sommets internationaux : la rencontre des six pays à Évian (France) et le sommet de l'OTAN à Ankara.
La conclusion principale pour la communauté internationale, au vu de l'expérience des tentatives de diplomatie de la navette via des médiateurs américains, est évidente : aucun canal secret avec Moscou. Toute diplomatie secrète avec le Kremlin mène à des manipulations. On ne peut vaincre la Russie qu'ouvertement, en s'appuyant sur la force des armes et sur le soutien monolithique des alliés européens.