Oslo et les coulisses d'une diplomatie fragile
La semaine dernière, l'Ukraine a réuni ses partenaires à Oslo pour une table ronde. Si les discussions s'apparentent pour l'instant à des « pourparlers sur les pourparlers », un consensus a pu émerger entre Américains, Ukrainiens et Européens.
Un moment charnière de cette séquence a été le document transmis par l'émissaire américain Witkoff à Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg. Si le dirigeant russe a soudainement accepté de reprendre les négociations malgré ses conditions préalables habituelles concernant le Donbass, Zelensky pose des lignes rouges innégociables :
Concernant sa neutralité : L'Ukraine exclut totalement toute discussion concernant sa neutralité ou une limitation de l'effectif de son armée. Le format et la taille des forces armées relèvent d'une décision souveraine et interne.
Concernant l'OTAN, Zelensky précise qu'il ne s'agit pas seulement d'un nom ou d'une étiquette, mais d'obtenir des réponses claires sur les mécanismes de protection : « Qui fera quoi et quand le fera-t-on ? » pour empêcher la Russie de recommencer son agression.
L'option de l'Alliance et les garanties alternatives : À la question de l'adhésion, Zelensky estime que la meilleure option reste l'intégration de l'OTAN couplée à une armée ukrainienne forte au sein de l'Alliance. Si l'Ukraine n'entre pas dans l'OTAN, ce sont les États-Unis, ou les États-Unis conjointement avec les Européens, qui devront lui garantir cette sécurité.
Le financement de la défense : Le président ukrainien évoque l'idée de maintenir une armée puissante (visant potentiellement 800 000 hommes) et pose la question du cofinancement à l'OTAN, s'interrogeant sur la disposition des partenaires à financer une telle structure militaire.
Le rejet des diktats russes : Zelensky insiste sur le fait que ces garanties ne peuvent en aucun cas être dictées par la partie russe. Les propositions actuelles du côté américain font l'objet de discussions approfondies avec l'Ukraine pour définir les options envisageables et les compromis possibles, sans céder sur les principes fondamentaux.
« Nous ne changeons rien pour quoi que ce soit. La question du territoire est une ligne rouge qui ne peut être discutée qu’au niveau des dirigeants. En principe, cela a toujours été une constante pour nous, mais la question du territoire, comme les Américains disent en anglais échanger les territoires, la soulève depuis longtemps. Nous ne changeons rien pour quoi que ce soit. Il existe d’autres formats et propositions de communication. Tout le monde devrait comprendre une chose : Nous sommes prêts à discuter. Si la question territoriale se traite au niveau des leaders, les autres questions peuvent être traitées au niveau des groupes techniques. En novembre, on peut discuter de tout ça. Celle-ci ne pourra être traitée qu'au niveau suprême des chefs d'État. »
En matière de garanties de sécurité, le président ukrainien insiste sur la nécessité d'obtenir des réponses concrètes - que ce soit à travers l'OTAN ou via des engagements solides des États-Unis et des Européens - pour empêcher toute nouvelle agression russe. Par ailleurs, Zelensky a fermement mis en garde contre une levée anticipée des sanctions économiques contre la Russie, estimant qu'elles ne doivent être assouplies qu'au terme réel du conflit.
Tensions et déblocages avec les États-Unis
La relation entre Volodymyr Zelensky et l'administration de Donald Trump a connu des phases particulièrement aiguës. Le président ukrainien assume sa franchise face aux critiques de Washington, expliquant qu'elle a permis d'obtenir des résultats concrets et urgents :
- Le renseignement : La coopération sur les frappes balistiques russes fonctionne désormais à 100 %.
- Starlink : Après des restrictions de vitesse imposées par le passé, le service a retrouvé sa pleine capacité opérationnelle.
- La défense aérienne : Cela demeure l'un des défis majeurs et fait l'objet de discussions continues.
Concernant les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes - principal point de friction avec Donald Trump -, Zelensky les replace sur le terrain de la stricte réciprocité et de la justice, alors que les infrastructures énergétiques ukrainiennes continuent d'être la cible de destructions massives.
Avancées humanitaires et perspectives
Sur le terrain, la semaine a également été marquée par des signaux encourageants, bien que prudents :
- Un échange de prisonniers d'envergure : 270 Ukrainiens ont été libérés, incluant 35 combattants d'Azov issus de Marioupol et d'Azovstal.
- Un accord de cessez-le-feu localisé à Olechky : Prévu pour permettre à des missions humanitaires et aux populations affamées de fuir la zone occupée malgré les routes minées.
Interrogé sur l'issue de cette séquence diplomatique, Volodymyr Zelensky demeure lucide mais résolu : l'Ukraine avance sur la voie de la diplomatie. Face à la question d'une potentielle trêve énergétique ou d'une future rencontre au sommet, le président ukrainien l'affirme : « On avance. Et c'est important. »