Source : RBC-Ukraine | Auteur : Danylo Kramarenko
Le début de l'année 2024 est marqué par une transition vers une défense stratégique côté ukrainien, tandis que la Russie conserve l'initiative sur la quasi-totalité de la ligne de front. Cette phase de "guerre de position" s'explique par plusieurs facteurs technologiques et logistiques cruciaux.
État des lieux sur le front
L'armée russe mène une campagne offensive entamée à l'automne dernier, avec des points de pression majeurs :
- Koupyansk : Des attaques répétées sur Sinkivka visent à ouvrir la voie vers la ville.
- Lyman et Bakhmut : Combats intenses pour le contrôle de Chasiv Yar et tentatives russes de reprendre Klishchiyivka.
- Avdiivka : Cible principale à l'est, protégée par une forteresse industrielle (cokerie), mais soumise à des tentatives d'infiltration urbaine.
- Rive gauche (Kherson) : Situation unique où les forces ukrainiennes parviennent à étendre leurs têtes de pont malgré la pression.
Les 5 raisons du blocage actuel
Le général Valeriy Zaluzhnyi identifie cinq obstacles majeurs à une percée rapide :
- Absence de supériorité aérienne : L'avantage quantitatif russe est neutralisé par la défense antiaérienne ukrainienne, créant une impasse dans le ciel que les drones ne compensent que partiellement.
- Champs de mines denses : Des barrières russes atteignant 15 à 20 km de profondeur freinent toute progression mécanique.
- Guerre de contre-batterie : L'ennemi a appris à brouiller les systèmes de guidage GPS occidentaux, réduisant l'efficacité des munitions de haute précision.
- Gestion des réserves : La Russie dispose d'un réservoir humain trois fois supérieur, tandis que l'Ukraine doit relever le défi de la motivation et de la formation de ses troupes sur la durée.
- Guerre électronique (EW) : Un domaine où la Russie a modernisé son parc avant l'invasion, forçant l'Ukraine à une course au rattrapage technologique.
La stratégie du "Breakthrough" (Dissuasion, Montée en puissance, Frappe)
L'expert Michael Kofman propose une nouvelle vision pour 2024 afin de préparer une victoire en 2025 :
1. Dissuasion : Création d'une défense profondément ancrée (bunkers, tunnels, fossés antichars) sur 1 000 km de front. Ces fortifications permettent d'économiser les munitions et de protéger les troupes contre l'artillerie russe.
2. Développement : Revue de la politique de mobilisation pour rajeunir les effectifs (l'âge moyen actuel étant d'environ 40 ans) et expansion des programmes de formation des officiers et des unités de combat.
3. Impact : Extension des campagnes de frappes dans la profondeur (Crimée et territoire russe) pour détruire la logistique. Cela nécessite des missiles de longue portée (300 km) et l'intégration des futurs chasseurs F-16.
Perspectives : 2024 ou 2025 ?
Si certains stratèges occidentaux estiment qu'une offensive majeure ne sera possible qu'en 2025, les experts ukrainiens soulignent que tout dépend de la rapidité des livraisons :
- Une accélération massive des fournitures de chars, missiles et avions pourrait changer la donne dès 2024.
- La neutralisation du pont de Kertch reste un objectif prioritaire pour paralyser la logistique russe au sud.
- Le général Zaluzhnyi mise sur un plan de réarmement technologique de 5 mois pour doter l'armée d'un arsenal de drones et d'outils modernes capables de briser la guerre de position.